"Est-ce ainsi que les femmes meurent ?" de Denis Decoin ***

Publié le par clochette

Un soir de mars 1964, à New-York, une jeune femme de 30 ans, drôle et jolie, qui rentre du bar où elle travaille se fait agresser et meurt après avoir reçu 38 coups de couteau, faisant un banal entrefilet dans le journal "Une habitante du quartier meurt poignardée devant chez elle".  Si ce fait divers a marqué les esprits et est encore baptisé du nom de "Syndrome Kitty Genovese", c'est parce que 38 personnes, toutes voisines,  ont été témoins de la scène du crime et aucune n'est intervenue. Seul un couple a finalement appelé la police, mais lorsque la patrouille est arrivée sur place deux minutes après, il était trop tard.

Didier Decoin met en scène dans ce roman les deux seuls voisins absents ce soir là et qui sont hantés par cette question : qu'aurions nous fait ?

Une étude a montré que plus le nombre de témoins est important lors d'une scène d'agression, moins les gens bougent. Autrement dit si nous n'hésitons pas à intervenir lorsque nous sommes seuls à être témoin d'un délit, nous nous sentons déresponsabilisés par la présence d'autres personnes, chacun pensant que quelqu'un d'autre va faire le nécessaire. Et c'est ainsi que personne ne fait rien et qu'un meurtre est commis malgré la présence d'individus qui étaient en capacité de réagir.

Ce roman met en scène un journaliste. Le New York Times décide en effet de confier l'enquête à un de ses reporters Martin Gansberg, Il se penche donc sur ce drame, en interrogeant  le chef de la police, les voisins absents et ceux qui étaient présents, afin d'essayer de comprendre.

Une enquête poignante sur un fait divers dramatique qui ne peut que nous interpeller sur le fonctionnement humain.

"D"après le rapport des flics, ils étaient trente-huit. Trente-huit témoins, hommes et femmes, à assister pendant plus d'une demi heure au martyre de Kitty Genovese. Bien au chaud derrière leurs fenêtres. Certains entortillés dans une couverture, d'autres qui avaient  pris le temps d'enfiler une robe de chambre. Aucun n'a tenté quoi que ce soit pour porter secours à la pauvre petite. Pas même un coup de téléphone. Non, même pas ça. A 3h50 l'un d'eux s'est enfin décidé à appeler la police. Il y avait une voiture en patrouille pas très loin, il ne lui a fallu que deux minutes pour arriver sur les lieux. Il était trop tard."

Ce livre m'a fait penser au film "I comme Icare", où un des personnages n'hésite pas à programmer des décharges électriques sur un homme visiblement à bout de souffle, dans la mesure où un médecin censé compétent lui dit que l'expérience peut continuer. De même, face à une scène de violence, notre sentiment de responsabilité s'amoindrit en fonction du nombre de personnes présentes sur les lieux. Si personne ne bouge, pourquoi le ferions nous ? Ce livre fait réfléchir et froid dans le dos.

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Samira aspira à pleins poumons l'air frais... 04/01/2015 11:02

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Jémlyre 01/01/2010 18:23


Il est dans ma liste à lire depuis un moment...


l'or des chambres 16/12/2009 14:05


Ce livre là, cela fait longtemps qu'il me tente, ton billet en tout cas, donne vraiment envie de s'y plonger... Peut-être quand j'aurais enfin réussi à vider un peu ma P.A.L. Je viens d'ouvrir mon
propre blog, si tu en as envie, vient me rendre une petite visite et laisse moi un petit  mot, cela me fera très plaisir. Cela fait quelques mois maintenant que je rends visite régulièrement
au tien, je le trouve très sympa !