" Quelque chose a changé"
Mon frère doit lire trois livres dans l'année... Le dernier était celui de Charlotte Valandrey... Vous voyez le style... Sauf qu'il a croisé la dénommée Charlotte dans sa jeunesse sur les plages
du Val André justement... Ceci expliquant peut-être cela. Bref ! Cette fois ci il s'est retrouvé par je ne sais quel hasard plongé dans la lecture de ce récit de Philippe Labro, qu'il m'a
immédiatement acheté et posté, tellement il a été emballé par ce livre lu en trois jours (un record pour lui !). Certes, j'étais un peu surprise qu'il pense à moi après avoir lu un récit sur
la dépression... Quoique... Mais j'ai un principe, quand on m'offre un livre, j'en ouvre les pages très rapidement. Et comme c'est sa fête aujourd'hui j'en profite pour le mettre à l'honneur en
publiant un billet sur ce paquet cadeau. Ce sera l'occasion pour lui d'aller faire un tour sur le net, qui n'est pas son terrain de prédilection...
La dépression, c'est une maladie invisible et pour cette raison, difficile à (re)connaître, difficile à faire admettre (il a tout pour être heureux) et difficile à comprendre quand on ne l'a
pas vécu. Elle vous prend comme par surprise, sans qu'on s'y attende. Et Philippe Labro décrit simplement et sobrement, mieux qu'un documentaire ne le ferait, sans narcissisme, ni
complaisance, ce moment douloureux pour soi et son entourage.
"Je vais tâcher de dissimuler ce que j'ai pris pour un phénomène passager, dû à je ne sais quelle fatigue ou quel virus, mais dont je vois bien, désormais, qu'il s'agit de quelque chose
de plus grave à quoi je ne sais faire face"
Le talent dont fait preuve Philippe Labro est de réussir à nous faire vivre sa dépression de l'intérieur, il arrive à contourner cette difficulté qui consiste à partager une douleur qui ne
se voit pas. Car ce grand patron de presse ne sait pas ce qu'il a mais il sent bien que ça ne va pas, sans parvenir à en dire plus. "J'essaie de déterminer le moment où les choses se sont
détériorées, mais je ne trouve pas" car la dépression se manifeste le plus souvent en douce, subrepticement, sournoisement. Avec comme seul projet : chercher le sommeil et s'y réfugier, et
surtout plus aucune envie. Philippe Labro va donc rejoindre la secrète famille de ceux qui ont désespéré, de ceux frappés par ce que les Anglo-Saxons appellent un "nervous break down",
littéralement une brisure nerveuse, une chute, une fêlure.
La grande force de ce journaliste c'est de faire oeuvre de pédagogie, en nous faisant partager ce moment de brisure, en nous le faisant comprendre, et en nous obligeant à le respecter. Il montre
aussi le rôle de l'entourage, sans concession pour les rumeurs parfois blessantes dans les couloirs de RTL.
Je n'aurais pas lu ce livre si on ne me l'avait pas offert et j'avoue que je l'ai refermé en me félicitant d'y avoir consacré quelques heures. Il m'a permis de confirmer beaucoup de choses que je
pensais, tout en me permettant de mieux les appréhender. Grâce à un récit fort et sobre. Qui nous dit que personne n'est à l'abri.
"Il avait retrouvé l'étincelle perdue, la petite paillette de gaieté qui révèle la différence entre celui qui plonge dans le noir et celui ou celle qui a sorti sa tête de l'eau sombre et
redécouvre la simple et irrésistible pulsion de vie."
Tanguy d'avoir partagé cette
lecture avec moi




Jacques n'en peut plus. Il est épuisé et tellement miné par son travail qu'il finit, sur les
conseils de son épouse, par prendre rendez vous chez son médecin qui lui prescrit un arrêt de travail. Il faut dire que Jacques exerce un métier qui n'est pas de tout repos : il est éducateur
dans un foyer et prend en charge des jeunes au parcours particulièrement difficile. Cotoyer ces adolescents en grande difficulté fragilise le narrateur, qui en perd même parfois le sommeil.
Insultes, rebellions, désobéissances, utilisation d'un vocabulaire particulièrement ordurier sont le lot quotidien de sa vie professionnelle. Lui et ses collègues sont toujours à la
merci d'une situation qui peut devenir explosive et ingérable. Il finit donc par appréhender ses journées de travail. Et savourer les jours de repos, où il va faire de longues ballades avec
sa chienne qui lui permettent de prendre du recul, de savourer un peu de tranquillité. Mais la vie n'est jamais aussi calme qu'on peut l'espérer...


Ont écrit...