
Quand on lui apprend qu'elle va mourir dans six mois, Véra Candida abandonne tout pour retourner à Vatapuna, d'où elle est partie il y a 24 ans, alors qu'elle était âgée de 15 ans et enceinte,
consciente du chagrin qu'elle causerait à sa grand mère. Lorsqu'elle arrive, une vieille femme qui semble avoir 110 ans l'apostrophe en lui disant "Ta grand-mère m'avait bien dit que tu
reviendrais".
Véra a en effet été élevée par sa grand mère, une femme magnifique, prostituée jusqu'à l'âge de 40 ans avant qu''elle ne devienne la meilleure pêcheuse de poissons volants , en vivant une vie
paisible dans sa cabane en bord de mer. C'était compter sans l'arrivée de Jeronimo, avec sa belle voiture, ses allures de jet setter, et son argent. Cet argent avec lequel il veut déloger Rose,
cette grand mère admirable, en lui expliquant que sa maisonnette cache la vue de la colline où il a décidé de planter sa luxueuse villa.
Sorte de fable intemporelle, Véronique Ovaldé plante le décor dans une île imaginaire et nous entraîne dans un nouveau roman, aux personnages fantasques et universels. Elle dresse le destin de
trois femmes, qui vont mettre au monde une fille de façon inattendue et devoir l'élever seule en dissimulant l'identité du père, nous permettant de nous interroger sur la psychogénéalogie,
ou cette façon de revivre souvent de façon inconsciente le destin de nos ancêtres. Car jamais rien n'est dit entre les mères et leurs filles pour expliquer ce qui s'est réellement passé
dans leur vie, pour en faire des filles mères.
Marie en parle beaucoup mieux que moi, en nous offrant en prime une passionnante interview de Véronique Ovaldé.
Ma critique du précédent roman de Véronique Ovaldé "Et mon coeur transparent"
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Un soir de mars 1964, à New-York,
une jeune femme de 30 ans, drôle et jolie, qui rentre du bar où elle travaille se fait agresser et meurt après avoir reçu 38 coups de couteau, faisant un banal entrefilet dans le journal "Une
habitante du quartier meurt poignardée devant chez elle". Si ce fait divers a marqué les esprits et est encore baptisé du nom de "Syndrome Kitty Genovese", c'est parce que 38
personnes, toutes voisines, ont été témoins de la scène du crime et aucune n'est intervenue. Seul un couple a finalement appelé la police, mais lorsque la patrouille est arrivée sur place
deux minutes après, il était trop tard.
Mais qui sont ces optimistes qui hantent les 750 pages de ce premier roman ? Tout simplement des immigrés fuyant l'Europe de l'Est au temps de la guerre froide, lorsque les
écrivains -Camus, Sartre, Kessel- commençaient à se poser des questions face à la rigueur du communisme soviétique -une belle idée il est vrai-, et qu'ils se retrouvaient dans l'arrière
salle d'un café parisien pour écrire ou jouer aux cartes.

"Parfois, il faut se tromper pour trouver le bon chemin"
"Pendant un moment, le
frère et la soeur se dévisagèrent dans l'embrasure de la porte. Murdo avait l'impression que Bessie avait rétréci au cours des douze années pendant lesquelles il ne l'avait pas vue. Elle avait
les épaules arrondies et se tenait légèrement voûtée, presque comme si elle venait de recevoir un coup de poing dans le ventre. Elle avait les cheveux entièrement gris et tous ses traits étaient
devenus mous et relâchés, la peau de son visage ayant perdu son élasticité. Debout sur le seuil, sa mâchoire trembla, ses lèvres se serrèrent et ses yeux devinrent vitreux. Murdo eut honte de
lui".
"Courir présente toute sorte d'avantages. Le premier, vous n'avez besoin de personne, aucun équipement spécialisé n'est indispensable. Inutile de vous rendre dans un
lieu particulier. Du moment que vous avez des chaussures de sport aux pieds et une bonne route, vous pouvez courir tout votre content. Ce n'est pas comme le tennis. Il vous faut rejoindre un
cours de tennis et avoir un partenaire. Vous pouvez certes nager seul, encore faut-il aller à la piscine".

Ont écrit...